Fuir – Jean-Philippe Toussaint
Article écrit le | 15 octobre 2009 | Pas encore de commentaire
Les yeux fermés et sans bouger, j’écoutais la voix de Marie qui parlait à des milliers de kilomètres de là et que j’entendais par-delà les terres infinies, les campagnes et les steppes, par-delà l’étendue de la nuit et son dégradé de couleurs à la surface de la terre, par-delà les clartés mauves du crépuscule sibérien et les premières lueurs orangées des couchants des villes est-européennes, j’écoutais la faible voix de Marie qui parlait dans le soleil du plein après-midi parisien et qui me parvenait à peine altérée dans la nuit de ce train, la faible voix de Marie qui me transportait littéralement, comme peut le faire la pensée, le rêve ou la lecture, quand, dissociant le corps de l’esprit, le corps reste statique et l’esprit voyage, se dilate et s’étend, et que, lentement, derrière nos yeux fermés, naissent des images et resurgissent des souvenirs, des sentiments et des états nerveux, se ravivent des douleurs, des émotions enfouies, des peurs, des joies, des sensations, de froid, de chaud, d’être aimé, de ne pas savoir, dans un afflux régulier de sang dans les tempes, une accélération régulière des battements du coeur, et un ébranlement, comme une lézarde, dans la mer de larmes séchées qui est gelée en nous.
Fuir, Editions de Minuit, 2005
Jean-Philippe Toussaint ou l’ivresse des bourrasques
Article écrit le | 14 octobre 2009 | Pas encore de commentaire
Lire Toussaint c’est entrer en mouvement. C’est être entraîné. Dans une spirale, un tourbillon. 10 000 lieux à la mer sans bouteille d’oxygène. Je me suis demandée si oui. J’étais capable. Tenir si longtemps sans respirer. Partir en vrille au fil des mots. Courir après la suite. Sans respirer. Attraction folle. La vitesse appelle la vitesse. Je lis, je tourne, je me renverse. Me laisse tomber au creux du cyclone. Derwich lectrice. Je deviens omnisciente au coeur de Toussaint. Dans ses pages. Etat de grâce. Ivresse des profondeurs. Et les chutes ! Ces quelques mots. Les derniers. Coups de poing. Se gravent à jamais au creux du ventre.
La vérité sur Marie – Jean-Philippe Toussaint
Article écrit le | 7 octobre 2009 | Pas encore de commentaire
Le ventilateur se mit en route, lentement, les pales prenant rapidement leur vitesse de croisières pour pulser bruyamment dans l’air des bouffées tourbillonnantes qui leur fouettaient le visage et leur faisaient danser les cheveux devant les yeux, lui devant lutter pour rattraper une mèche qui s’envolait sur son front, et elle, docile, la tête baissée, offrant avec complaisance sa chevelure à l’air, ce qui lui donnait des allures de folle, ou de Méduse. Marie, et son goût épuisant pour les fenêtres ouvertes, pour les tiroirs ouverts, pour les valises ouvertes, son goût pour le désordre, pour le bazar, pour le chaos, le bordel noir, les tourbillons, l’air mobile et les rafales.
La vérité sur Marie, Editions de Minuit, 2009
Tu vas me manquer mon amour – épisode 12
Article écrit le | 29 septembre 2009 | 2 commentaires
Tu vas me manquer mon amour. Je vous ai articulé. Dans les yeux. Vous tenant la main de vieillesse. Puis vous êtes mort. Sans moi. La vie. Elle. Se succède. Petit robot programmé. Je joue mon rôle. Jusqu’au bout de moi. Sans plaire, plaindre, peindre. C’est destin. Je suis un morceau de soleil face au vent. Arqueboutiste.
Tu vas me manquer mon amour – épisode 11
Article écrit le | 24 septembre 2009 | 1 commentaire
Comme une réponse à tout. Rien. Un gimmick saucisse de Strasbourg. Du faux amer. Qui bousille le palais. Mon goût pour vous. Tenace. Je vous ai sur la langue. A longueur de phrase. En respiration. Tout ce mensonge. Ce déformé dans le miroir pâle. J’enrage. Vous bouchez mes pores. Tarte à la gueule. Sans tac au tac possible. Je parle de mon précipice. Je vous déteste encore. Vous précipite de toute ma chimie. Chien de faïence. Pays de Galles. Vous me dégoûte.
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