Inventaire du notaire
Article écrit le | 28 août 2010 | 3 commentaires
Le VENDEUR s’engage à laisser dans le BIEN vendu tout ce qui est immeuble par destination ainsi que, sans que cette liste soit limitative et sous la seule réserve que les biens ci-après désignés existent :
– les plaques de cheminées scellées, les inserts ;
– les supports de tringles à rideau, s’ils sont scellés dans le mur ;
– les trumeaux scellés, les dessus de radiateurs, les moquettes ;
– les poignées de portes telles qu’elles existaient lors de la visite ;
– les portes, planches et équipements de placard ( tiroirs, penderie, porte-chaussures) ;
– les abattants de water-closets ;
– les arbres, arbustes, rosiers, plantes et fleurs en terre si jardin privatif ;
– les bancs de pierre, les margelles de puits et les vasques en pierre si terrain ;
– les antennes extérieures de télévision ;
– tout l’équipement sanitaire et l’équipement de chauffage ;
– les convecteurs électriques ;
– tous les carreaux et vitrages sans cassures ni fêlures ;
– les volets, persiennes, stores-bannes et leurs motorisations ;
– les motorisations de portail et de portes de garage s’il en existe ;
– l’adoucisseur d’eau.
Prairie légère – Jean Cocteau
Article écrit le | 25 août 2010 | Pas encore de commentaire
Etre de l’opium les prairies légères,
Il n’y a rien de tel pour un coeur trop blessé ;
On veut me réapprendre la vie étrangère
Et que j’invite au bal les filles à danser.
On veut me changer d’ailes en somme.
J’avais à mon esprit des ailes de fumée ;
On veut que repoussent mes ailes d’homme,
Ce qui fait mal, surtout à la fin des journées.
Mes ailes cela coûte un prix fou chaque plume ;
Jadis la pipe ailait l’oiseleur oiselé,
J’étais liège sur l’eau, nuage en l’air, écume,
Je montais, étendu sur un tapis ailé.
Là, semblable au sureau qui vole avec ses moelles
(Il vole sans bouger comme un homme qui dort)
Tatoué jusqu’à l’âme et pétillant d’étoiles
Je profitais vivant du mensonge des morts.
Tes bonheurs sont pipés et le malheur te pipe.
Voilà ce que le sage inscrira sur sa pipe.
Cependant qu’il est cher à notre esprit chagrin,
Le pavot sinueux couronné de ses grains.
*
Je possédais l’arbre céleste des artères.
Le silence est musique aux flûtes de bambou,
mais les bourreaux chinois veulent me faire taire
Et caressent la mort pour en venir à bout.
Le songe aboutissant aux rizières de Chine,
Il fallait longer la muraille de Pékin.
Les docteurs de Paris essayent la machine
Et dehors j’aperçois rôder jaunes coquins.
Je ne dirai jamais le chiffre du silence,
La route j’oublerai qui mène au ciel des cieux,
Sachant que les Chinois sur la point des lances
Montrent la tête du bavard silencieux.
in Opéra, 1925
Marie Casanova – 2
Article écrit le | 9 juillet 2010 | Pas encore de commentaire
Ce sont des femmes du passé qui s’agenouillent pour prier l’image encadrée de Jésus, accrochée au-dessus du lit. Image de pardon. En offrande, le coeur rouge du Christ dessiné sur la poitrine. Est-ce que le sang leur monte encore aux joues, est-ce qu’elles ont ce frisson, cette décharge émotive en pensant au fiancé, à l’époux, à l’amoureux qu’on leur a arraché des bras. Qui n’est jamais revenu. Les plus belles amours sont les amours impossibles, les amours interdites, les amours trop courtes, les amours empêchées. Le romanesque s’en mêle, gonfle, charge, brode, met du velours, du satin, des dentelles, transforme les paroles banales en serments d’amour, vous fait chavirer dans la volupté. Le quotidien n’existe pas dans le romanesque. Il n’aime que l’aventure, le danger, la peur, la séparation, l’attente, la clandestinité, la tension, le secret, l’éloignement. Alors la guerre offrait un terrain royal au romanesque. Fleurs fanées, coeur aimé, ces femmes insensées aux sens inassouvis, vêtues de noir, marchant avec fierté sur les chemins bordés de myrtes et d’asphodèles sont des femmes antiques.
in Et l’odeur des narcisses, Edtions Galaade, 2009
Marie Casanova
Article écrit le | 7 juillet 2010 | Pas encore de commentaire
Le gravier crissait sous leurs pas. Les pins, grésillant de cigales, se délestaient sur eux de leur trop plein d’odeur. L’haleine de midi était forte aussi des arômes de thym, de laurier, de romarin, d’autres parfums encore à flairer, des plantes à cueillir, à froisser dans ses mains pour en extraire l’essence, respirer, tomber par terre, s’allonger là, sourire à ce toujours. Etre heureuse, être folle de la vie. Je me saoule d’azur pensait Madeleine, le monde est un poème et moi je suis dedans.
Sur le terrain à défricher, tout autour de la maison, Joseph, lui, repérait déjà les bons endroits pour planter les tomates, les aubergines, les courgettes, les poivrons, et même quelques vignes. Il se sentait bien à l’idée de retrouver les vieux gestes, piocher, planter, arrroser. Suivre la croissance, avoir la patience, une ancienne vertu, et enfin cueillir, et porter, déposer sur la table sa récolte en offrande. Retrouver cette belle familiarité avec la terre, c’était du bonheur. Il soupira en pensant : dire que j’avais oublié qu’être heureux c’est aussi simple que cela.
La porte et les volets résistèrent un peu avant de s’ouvrir. Au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, trois colombes s’envolèrent du toit. La lumière, depuis le temps qu’elle frappait aux persiennes, s’engouffra dans la maison, en prit possession violemmment, puis, une fois installée, à l’aise dans chaque pièce, elle se calma. Le vieux bahut craqua, et avec lui craquèrent tous les autres meubles comme on s’étire, comme on baille, comme on rit aux éclats.
in Et l’odeur des narcisses, Galaade éditions, 2009
la fin d’un journal
Article écrit le | 25 juin 2010 | 1 commentaire
je clos mon journal. Pour toujours. Je suis nulle en journal. Je n’ai jamais su en tenir un. Adolescente je pouvais écrire : « quelle belle journée » alors que j’avais passé mon temps à pleurer. Je suis incapable de tenir la distance. J’ai mal au temps. Et les mots jouent à cache-cache. M’éclipsent. Ma vie sans intérêt. Je noie mon quotidien dans des sourires et le reste. Heureusement la poésie. Heureusement ma malédiction. C’est mon talent : aimer plus que tout.
Toi tu es revenue. Bellement vivante. Auprès. Tu n’as plus besoin de ce journal. Nous n’en avons plus besoin.
Le voici clos.
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