Forêts – Wajdi Mouawad
Article écrit le | 20 décembre 2009 | 1 commentaire
Dernière pièce de la trilogie présentée à Avignon 2009, Forêts est un voyage dans le passé de Loup à travers le destin tragique de 8 femmes magnifiques
4 heures avec entracte. C’est long. J’avais la crainte. J’étais là pour voir et entendre du théâtre. Marre des monologues, des adaptations de tout et rien. Marre de la poésie en scène. Je voulais du théâtre, du vrai avec une histoire, des personnages, une situation. Je voulais voyager. En prendre plein la vue.
C’est fait. 4 heures ce n’est pas long du tout. J’aurais pu rester beaucoup plus.
8 femmes merveilleuses, courageuses se racontent les unes à travers les autres. 7 générations. 8 destins tragiques, admirables (mais les femmes de tout temps ont toujours été admirables). La pièce est construite comme un arbre, généalogique. On se balance continuellement de branches et branches. Il faut s’aguerrir. Ce n’est pas simple de circuler. Tout se mêle parfois, une vraie forêt vierge. C’est beau comme l’antique. C’est fort. Ca prend les tripes. La mise en scène est virtuose. C’est beau visuellement énergique, astucieux. On fait de constants allers et retours entre les différentes époques. On s’y perd pour mieux s’y retrouver. Pour finir omniscient. Le visage pleine lumière. Le coeur partagé en 8. Le ventre noué. Le corps frisson.
Caroline Dubois
Article écrit le | 19 décembre 2009 | Pas encore de commentaire
Ainsi tout change rien n’est pareil tout change devient le
contraire de ce que c’était avant. Et pouvoir s’accorder
ainsi dans la distribution deux trois extraits de
prodigieuse vie singulière permet d’en varier le cours
du tout au tout d’en vivre simultanément plusieurs
plutôt qu’une seule et tout en dessinant chaque fois
un cas unique en perspective de composer de bascule
en bascule un bel assortiment qu’on n’a pas sur la terre
ou peu d’êtres occupent en même temps le présent.
POL, 2009
Raccourci
Article écrit le | 19 novembre 2009 | Pas encore de commentaire
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Cet été nous étions en Lozère. Sur le magnifique Causse Méjéan. Une des mes 7 merveilles du monde. L’association française Takh y élève des chevaux de Przewalski avant de les réintroduire en Mongolie dans leur milieu naturel.
Notre fils fut très intéressé par cette visite. Nous lui avons alors expliqué que les Przewalski étaient les plus anciens chevaux du monde. Ce qui lui inspira cette pensée :
« On n’a pas vu de Chevalski à l’époque par qu’on était pas né »
Tu vas me manquer mon amour – épisode 13
Article écrit le | 18 novembre 2009 | Pas encore de commentaire
Pas de trémolos. Regards en arrière. Larmes sucrées mélangées au sel. Votre corps. Rien. Lapin magique. Vous avez détalé. Votre silence me ménage la mortelle. Vous dirigeâtes grand seigneur un départ mutique. Sur la pointe. Danseur étoilé. Tacheté de lâcheté. Depuis je broute. Au jour le jour. Un peu de grâce. Histoire de. Il faut bien. J’observe le ciel. Un signe, un nuage tatoué. Divin avion publicitaire. Tu vas me manquer mon amour. Tout de même. Vous auriez.
La passion de Martin Fissel-Brandt – Christian Gailly
Article écrit le | 16 novembre 2009 | Pas encore de commentaire
20
La lumière et la musique le réveillèrent. En silence. Le soleil ne fait pas de bruit. La musique non plus. Seule la mémoire l’entendait. Lui, pas encore.
Un instant plus tard, réveillé tout à fait, il l’entendit nettement. Il l’entendait tellement, à l’intérieur, elle prenait tellement d’ampleur. Il la laissa faire. Sortir de lui. Lèvres closes. Nasalisée. La fredonna.
La fredonnant, se rappela quand. Exactement quand. Où et quand. Et pourquoi.
Il venait de quitter Anna. Il était dans le métro. Il marchait. Dans les couloirs et il chantait Schubert. Pour s’aider à marcher. Simplement pour avancer. S’il avait cessé de chanter. Il aurait cessé de marcher. Se serait assis par terre et n’aurait plus bougé.
Il rejeta la couverture. Enterra la chatte. Elle dormait à ses pieds. Elle ne supporta pas d’être enterrée sous la laine jaune, elle reparut, noire, puis, dressant la tête, elle regarda Martin.
Non, dit-il, je ne m’en suis pas débarrassé.
Appelle ça comme tu voudras, répondit la chatte. Tu l’as quand même tuée.
21
Anna l’avait prévenue. S’il arrive quelque chose à Suzanne. Je m’en vais. Immédiatement. Définitivement.
Un autre soir, déjà, elle avait dit : Protège-la. Aime-la. Veille sur elle. Fais pour elle ce qu’un homme ordinaire ne fait pas. Donne-lui tout ce que tu as. Je n’accepte de te voir qu’à cette condition.
En rentrant. Il la trouva. Elle était. Il téléphona à Anna. Elle dormait. Il la réveilla. Il aurait pu le lui cacher. D’une manière ou d’une autre. Non, il n’aurait pas pu.
Il appela Anna pour le lui dire. Ne pas rester seul avec ça. La sonnerie était faible. Cinq furent nécessaires. Elle décrocha. Il entendit un : Oui. Elle avait sa petite voix d’endormie. C’est moi. Pourquoi tu m’appelles ? Il parla. Il aurait pu ne pas mais si. Lui annonça. Que Suzanne. Elle ne répondit pas. Raccrocha.
Les éditions de Minuit, 1998
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