louise a.

s’habiller de lumière

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Robert Desnos

Article écrit le | 13 avril 2010 | Pas encore de commentaire

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute,
O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’a être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

A la mystérieuse, 1926, in Corps et biens, 1930

Tu vas me manquer mon amour – épisode 14

Article écrit le | 10 avril 2010 | Pas encore de commentaire

J’ai pris votre mal en patience puis n’y tenant plus je me suis crucifiée. Empressée de vous pardonner. Vous voici. Statique. Un « tu vas me manquer mon amour » murmuré. Les yeux rivés à votre bouquet de clous. Vous. Pour une fois à mes pieds. Extasié assistant à la transverbération de moi sainte.

Angelo Tyran de Padoue – Victor Hugo/Christophe Honoré

Article écrit le | 31 mars 2010 | Pas encore de commentaire

Christophe Honoré essaie de réinventer le théâtre. C’est louable. Mais il ne me convainc pas.

Il y a du pour et du contre dans cette mise en scène de la pièce d’Hugo.

Du côté du pour: le texte de Victor Hugo. C’est beau, fort, troublant. L’entendre est déjà un vrai plaisir.

Il y a aussi Clotilde Hesme qui tient la pièce à bras le corps. Elle est miraculeuse, juste, ne faiblissant jamais. Elle est parfaite. Quant à Emmanuelle Devos, elle se laisse emporter par la fougue et la grâce de Clotilde. Les deux comédiennes font corps. Elles sont admirables tout comme leurs personnages.

Malheureusement il y a le reste. Les inventions chichiteuses de Christophe Honoré. Il explore plusieurs pistes mais n’en suit jamais une jusqu’au bout. Honoré a le complexe de l’enfant doué, trop doué qui, pour nous faire douter de lui, éprouve le besoin de salir ce qu’il fait de génial. C’est comme une volonté impérieuse. Je suis sûre que petit il gribouillait au milieu de ses plus beaux dessins !

j’ai envie d’aimer Christophe Honoré mais je n’y parviens pas, jamais complètement. Il m’agace, me perd, me fait espérer sans donner.

Pourtant ce soir-là il y avait sur scène une émotion palpable. A la fin de la pièce, une projection. Un silence. Deux comédiennes enlacées sur scène, destins scellés. Vrai moment suspendu. Magnifique. Et les larmes d’Emmanuelle Devos.

Le voile de la mariée / Isabelle Pinçon

Article écrit le | 10 février 2010 | Pas encore de commentaire

Le Voile de la Mariée. Une histoire vraie qui aurait pu m’arriver. Installation plastique et poétique du 9 au 28 mars à la Médiathèque Jean Rousselot (78)

Fin 2008 j’ai failli me marier et à l’approche de l’événement, j’ai demandé aux gens qui m’entourent de près ou de loin de me confier un morceau de tissu pour confectionner le voile de la mariée. Je leur ai demandé aussi de joindre une lettre qui parle du mariage ou de l’amour ou de l’étoffe choisie afin de fabriquer une histoire qui rende compte du remuement des liens humains.

Isabelle Pinçon, génèse du Voile

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J’ai d’abord rencontré la poésie d’Isabelle Pinçon et je l’ai aimée. Un jour de Printemps j’ai rencontré Isabelle en vrai. Elle a bien voulu lire mes textes. Les aimer. On s’est donné des nouvelles. Je connaissais le projet du Voile. J’en attendais l’issue. Rien ne venait. Je voulais le Voile pour ce Printemps dans ma belle médiathèque. Isabelle n’en avait que des lambeaux. On y a cru et aujourd’hui il existe.

L’exposition existe grâce à la collaboration étroite et sincère entre la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines et la Médiathèque Jean Rousselot

Le Voile de la Mariée a obtenu le Label du Printemps des poètes

 

Prolégomènes à un troisième manifeste ou non / André Breton

Article écrit le | 4 février 2010 | Pas encore de commentaire

… Tant que les hommes s’obstineront à se mentir à eux-mêmes ; tant qu’ils ne feront pas la part sensible de l’éphémère et de l’éternel, du déraisonnable et du raisonnable qui les possèdent, de l’unique jalousement préservé en eux et de sa diffusion enthousiaste dans le grégaire ; tant que sera départi aux uns, en Occident, le goût de risquer dans l’espoir d’améliorer, aux autres en Orient la culture de l’indifférence ; tant que les uns exploireront les autres sans même en tirer de jouissance appréciable – l’argent est entre eux en tyran commun – l’argent est entre eux en serpent qui se mord la queue et mèche de bombe –  ; tant qu’on ne saura rien en faisant mine de tout savoir, la bible d’une main et Lénine de l’autre ; tant que les voyageurs parviendront à se substituer aux voyants, au cours de la nuit noire, et tant que… (je ne puis non plus le dire, ayant moins que quiconque la prétention de tout savoir ; il y a plusieurs autres tant que, énumérables), ce n’est pas la peine de parler, c’est encore moins la peine de s’opposer les uns aux autres, c’est encore moins la peine d’aimer sans contredire à tout ce qui n’est pas l’amour, c’est encore moins la peine de mourir et – printemps à part, je songe toujours à la jeunesse, aux arbres en fleurs, tout cela scandaleusement décrié, décrié par les vieillards – je songe au magnifique hasard des rues, même de New York, c’est encore moins la peine de vivre.

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